Rencontre de haut niveau entre la délégation de la société civile congolaise et une délégation de l’ONGI Oxfam

Le Directeur Exécutif de la Haute Académie de la Société Civile et Secrétaire du Groupe de Travail Oxfam – Société Civile a conduit une délégation de la société civile à l’entrevue du 28 octobre 2019 avec une délégation de haut niveau d’Oxfam composée des responsables d’Oxfam Belgique, Oxfam Allemagne et Oxfam région-Afrique.

Message commun des organisations de la société civile à l’intention de la délégation d’Oxfam International

MESAGE COMMUN DES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE À L’INTENTION DE LA DELEGATION D’OXFAM
I. APERCU GLOBAL DE LA RDC
La République Démocratique du Congo est en proie à des longues années de guerre et des conflits intercommunautaires conduisant les populations aux déplacements internes et à l’exile (1). Plusieurs zones ont été touchées notamment: Haut Uélé (avec le LRA), Djugu dans la province de l’Ituri (avec les Mbororo), Nord Kivu (avec les ADF et autres), Sud-Kivu (le cas de Minembwe), Maniema, Tanganyika, Haut-Katanga (avec Bakata Katanga), etc. Les zones sortant des conflits sont: la province du Kasaï et la province de Maindombe.
L’économie du pays quant à elle, repose essentiellement sur les industries extractives, qui sont étroitement dépendantes des cours mondiaux de telle sorte que leur chute entraîne la baisse des recettes, la dépréciation de la monnaie et bien d’autres. La production rurale et les échanges commerciaux sont freinés notamment par l’état défectueux des routes de sorte que les investissements majeurs sont concentrés dans le secteur informel et les services.
Du point de vue social, l’insuffisance d’infrastructures sociales de base ainsi que la modicité des revenus maintiennent les conditions de vie de la majorité en dessous du seuil de la pauvreté. L’accès limité à l’éducation, au système de santé, à l’eau ou à l’électricité constituent des indicateurs communs aux grandes agglomérations et au monde rural avec plus d’acuité dans la partie ouest du pays. Les structures sanitaires publiques sont mal desservies. Les mécanismes d’alerte et de riposte aux épidémies telle qu’Ebola et choléra restent faibles.

Du point de vue politique, les élections présidentielles, législatives nationales et provinciales du 30 décembre dernier ont conduit à l’alternance pacifique au pays, même si les élections locales et la décentralisation ne sont pas encore effectives. La gouvernance est encore marquée par la corruption tout autant que l’appareil judiciaire n’inspire confiance.

(1) Avec une estimation de 5.010.000 de personnes reportées être déplacées en interne.

II. ETAT DES LIEUX


• LA PAUVRETÉ ET LES INJUSTICES SOCIALES

  • Les écarts entre riches et pauvres sont criantes et une classe moyenne peine à se frayer du chemin. Les disparités sociales sont occasionnées par la politique distributive en vigueur dans le pays ne facilitant pas une prospérité générale des populations. Outre cela, le niveau de vie varie suivant les milieux de résidences. Les populations rurales sont plus frappées par la pauvreté, soit 70% de pauvres contre 53% en milieu urbain. Il ressort que 59% des ménages dirigés par les hommes sont pauvres alors que l’on compte 52,75% des ménages pauvres dirigés par les femmes. Les analyses indiquent également que la pauvreté frappe plus les hommes (66,3%) que les femmes (61,8%), pris individuellement. (enquête 1,2,3 ,RDC,2012). L’insécurité alimentaire qu’accompagne cette pauvreté entraine des cas de malnutrition partout dans le pays. Selon l’ONU, il est estimé que 13 millions de personnes sont en insécurité alimentaire en RDC, ce qui fait de la crise de la faim en RDC, la deuxième plus grave au monde après le Yemen.
  • Le secteur de l’emploi en République Démocratique du Congo est largement dominé par l’agriculture et le commerce impliquant respectivement 71,2% et 15,2% de la population active. Dans le secteur formel qui ne représente que 12% des actifs, l’administration et le secteur parapublic sont les plus gros employeurs. Le chômage touche près d’un 1⁄5 de la population.
  • L’enseignement primaire a enregistré entre 2011 et 2013, un accroissement de près de 14% de ses effectifs et de 8% du taux brut de scolarité ( de moins de 103% en 2011 a plus de 113% en 2013), avec une progression nettement de plus forte pour les filles (9,7%) que pour les garçons (6,6). Cette évolution est attribuable à la mise en application progressive de la politique de gratuité de l’enseignement de base introduite en 2010 et la campagne de sensibilisation des familles à la scolarisation des filles et garçons.
  • La non mise en application intégrale de la politique nationale de couverture maladie universelle reste un handicap majeur dans l’accès aux soins de santé.
    (2) Enquête annuelle 1, 2,3 réalisée par le Ministère National du Plan
    2 •Du point de vue politique, les élections présidentielles, législatives nationales et provinciales du 30 décembre dernier ont conduit à l’alternance pacifique au pays, même si les élections locales et la décentralisation ne sont pas encore effectives. La gouvernance est encore marquée par la corruption tout autant que l’appareil judiciaire n’inspire confiance.
  • GOUVERNANCE: En République Démocratique du Congo, les structures politico-administratives à la base sont quasi inexistantes. Les entités ne disposent pas de budget propre devant conduire à leur développement. Cela traduit la non implémentation de la décentralisation prévue par la Loi. La nomination des autorités locales à partir de Kinshasa suscite de tensions et ruptures au niveau des communautés locales. Pour que la mise en oeuvre de la décentralisation soit effective, il y a une urgente nécessité d’organiser des élections locales prévues dans le calendrier électoral global de 2017.
  • Dans la plus part des entités décentralisées, il n’existe pas de plans de développement local. Cela prive ces entités de toute avancée significative.
  • Laparticipationdelafemmedanslagouvernancerestefaible.Celles-cisontsousreprésentées dans les institutions étatiques et dans l’administration. La RDC a pris plusieurs engagements pour garantir la dimension genre dans les programmes nationaux mais leur mise en oeuvre demeure en souffrance. A titre illustratif, l’actuel Gouvernement compte 18% de femmes, le Sénat 20% de femmes, l’Assemblée Nationale 10,7%, 11% sur l’ensemble du pays au niveau des assemblées provinciales, 2,8% dans les mines, 3% dans les industries et les services, elles sont à 70% dans l’agriculture traditionnelle et 60% dans le secteur informel. Les femmes sont en grand nombre victimes des diverses violences et violations des droits de l’homme et leur accès à la justice ainsi que la réparation des préjudices subies demeurent un problème. La protection juridique et sociale de la femme telle que garantie par divers textes de loi souffre de la mise en application.

  • III. LES ATTENTES DES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE CONGOLAISE VIS-A-VIS D’OXFAM
    Les organisations de la société civiles saluent l’initiative de la direction-pays d’Oxfam d’oeuvrer en étroite collaboration avec la société civile. Cette initiative s’est matérialisée par la tenue à Kinshasa en date du 26 septembre 2019 d’une réunion au cours de laquelle l’option était levée de mettre en place un Groupe de travail permanent Oxfam – Société Civile pour une forte implication de la société civile dans ses actions.
    Les organisations de la société civile, eu égard à l’état des lieux ci-haut présenté, formulent les attentes ci-après :
  1. L’action d’Oxfam en RDC est en grande partie tournée vers l’humanitaire et est focalisée sur la partie Est du pays. La société civile sollicite un élargissement de son champ d’action sur la partie ouest et centre de la République.
  2. Que l’ONG Oxfam appui le plaidoyer de la société civile à tous les niveaux pour la gestion efficiente des ressources en RDC et l’application d’une bonne politique distributive.
  3. Que l’ONG Oxfam appui le plaidoyer pour la tenue des élections locales en République Démocratique du Congo.
  4. Que l’ONG Oxfam assure le transfert de compétences aux organisations de la société civile.
  5. Que les organisations de la société civile soient impliquées dans toutes les étapes de la
    conception à l’exécution des programmes d’Oxfam.
    Fait à Kinshasa, le 28 octobre 2019

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